Pour Youssou Ndour, s’il y a quelque chose àretenir de Bercy 2008, c’est la participation de Thione Seck. Le lead vocal du Raam Daan a foulé pour la première fois la scène de Bercy. Et Youssou Ndour a confié en conférence de presse, que Thione Seck a versé des larmes quand il l’a rejoint dans sa loge, après sa prestation. Il dit aussi avoir des projets avec le chanteur du Raam Daam qui est un musicien que le monde doit encore découvrir. Le patron du Super Etoile est revenu sur d’autres questions. Voici en résumé ses propos lors de sa conférence de presse tenue, hier, après beaucoup d’hésitations de son staff.

Quelles sont vos premières impressions sur le ’Grand bal’ de Bercy de samedi

Youssou Ndour : D’abord, en me réveillant ce matin, j’ai appris de mauvaises nouvelles venant de Dakar. Nous venons de perdre le doyen Makhourédia Guèye qui est un père pour moi. Il fréquentait mon père, donc c’est quelqu’un auquel je suis très proche. J’ai également appris le décès d’Abdou Latif Guèye qui est un homme politique. Et au-delà même de la politique, c’était quelqu’un de très engagé dans le domaine de l’humanitaire. Je prie pour que Dieu les accueille dans son paradis. Ce sont de mauvaises nouvelles, mais c’est la vie.

Quels étaient vos rapports avec ces deux personnalités

Youssou Ndour : Makhourédia Guèye, c’était un père pour moi. Je l’invitais très souvent discuter à la maison, prendre du thé et rigoler. Pour moi c’était une référence, et il le restera. C’était aussi l’ami de mon père. Pour Abdou Latif Guèye, on a toujours gardé de bons rapports. Quand il a eu des problèmes de santé, je suis allé le voir à l’hôpital. On avait discuté de tout, de mon engagement. Il m’avait encouragé. La dernière fois qu’on s’est vu, nous nous étions tous les deux engagés pour la défense des enfants, sur la pédophilie notamment. D’ailleurs, Adama Sow (animateur de Télescopie à la Rts, Ndlr) était l’initiateur du projet dans ce sens. Je me rappelle que quand je le quittais, je lui disais : ’Monsieur le Député, il faut vraiment que cette loi passe’. Deux mois après, Adama Sow m’appelle pour me dire que la loi était passée. Je me suis dit : voilà pourquoi on a besoin de ces gens-là à l’assemblée, parce que ce sont des personnalités qui ont de l’influence, qui peuvent faire bouger les choses par des raccourcis.
’C’est le début d’une grande collaboration (avec Thione Seck) parce que j’ai toujours des idées par rapport à lui, à sa production et sa carrière internationale (à ) Ce chanteur mérite que le monde le découvre’.

Pour revenir à l’évènement de samedi, s’il y a une chose à retenir de Bercy 2008, ce serait quoi

Youssou Ndour : Je crois sincèrement que la chose à retenir, c’est la participation de Thione Seck, mon grand frère. Depuis quinze ans pratiquement, les gens ont toujours pensé qu’il y avait de graves problèmes entre nous. C’est vrai que, nous aussi, nous avons laissé faire. Récemment, nous avons eu, par la grâce de Dieu, à parler. Et nous avons réalisé qu’il n’y avait pas de problèmes. Thione est venu à Bercy avec une intention de se donner à fond. J’étais très ému quand, après avoir terminé sa prestation, il est venu pleurer dans ma loge, pratiquement. Donc, s’il y a une chose à retenir, c’est la participation de Thione Seck. Je tiens à le féliciter, à le remercier et à l’encourager. Je pense que c’est le début d’une grande collaboration parce que j’ai toujours des idées par rapport à lui, à sa production et sa carrière internationale. Je crois qu’on va essayer de commencer à réfléchir bientôt. Ce chanteur mérite que le monde le découvre. Nous avons quelques possibilités de mieux le présenter au monde. Je veux aussi remercier Mady Dramé qui est mon manager. C’est l’homme de Bercy. Si je le remercie particulièrement, c’est parce qu’il a eu un accident il y a un an et demi. Il est resté alité pendant 8 mois à l’hôpital. Il a commencé à travailler à l’hôpital pour ce Bercy. Il a vraiment assuré et je lui souhaite une bonne santé. Je remercie également tous les musiciens du Super Etoile qui se sont donnés, mes amis artistes français qui sont venus me soutenir, mes amis sponsors. Je tiens aussi à remercier ma famille qui a tout arrêté pour l’organisation de ce Bercy, la presse, mes équipes techniques. Les gens ont l’habitude de voir Youssou Ndour. Mais derrière lui, c’est tout un système, toute une machine. Si cette machine marche, c’est parce que tout le monde s’y est mis. (à ).

On savait que Thione et vous étiez déjà réconciliés. Votre duo à Bercy était-il une façon de démontrer la véracité de cette réconciliation

Youssou Ndour : Vous savez, le public a besoin de ça. Il n’habite pas avec nous. Que les gens entendent simplement que Youssou et Thione se sont rencontrés et réconciliés, ne suffit pas. Ils voulaient voir. Et hier (samedi, Ndlr), ils nous ont vus ensemble. C’est émouvant et cette image est forte. Et au-delà même de nous, cela veut dire que les gens peuvent se retrouver autour de l’essentiel. Nous ne sommes pas des ennemis, nous ne sommes pas des équipes de football qui doivent gagner. Je le dis depuis 20 ans que la musique n’est pas le sport. C’est vrai que c’est très proche. Mais un match Ja - Diaraf, c’est parfois même de l’animosité sportive. Mais la musique, non. Je veux dire qu’il n’y a aucune personne dans le monde qui peut empêcher le succès de l’autre. Ce n’est pas possible. C’est pourquoi, à chaque fois que quelqu’un me dit, ’je suis ton fan, je n’écoute que ta musique’, je lui rétorque que ce n’est pas bien. Il faut écouter tout. Ce n’est pas vrai en plus. Une personne ne peut pas écouter un seul chanteur. Parce qu’on peut entendre un autre chanteur à la radio, en passant quelque part.

Des milliers de personnes n’ont pu assister à votre concert. Peut-on s’attendre à ce que l’année prochaine, il se déroule dans un cadre plus important, notamment le Stade de France

Youssou Ndour : DJ Boubs a parlé de ça hier (samedi, Ndlr). Il a essayé de faire monter la pression. Il a même dit que ce sera pour l’année prochaine, mais je l’ai rectifié en parlant de la prochaine fois. Car on ne sait pas encore si le ’Grand bal’ aura lieu l’année prochaine. On n’en a pas encore discuté. Il est vrai que le ’Grand bal’ est arrivé à maturité. D’ailleurs je voulais faire une déclaration : cet évènement doit maintenant profiter à toute l’Afrique. Au-delà des quatre heures de concert, on a créé l’évènement à Paris et en Europe. ça intéresse maintenant les médias français. Avant, c’était que pour les Africains et les Sénégalais. Toute la journée (ce dimanche), j’ai refusé des interviews parce que, traditionnellement, on le fait avec les Sénégalais. (à ). Il faut qu’on arrive à en faire une tribune, une vitrine de l’Afrique. Parce que je suis ambitieux, je vois grand, je crois que cet évènement peut être un évènement pour l’Afrique.
’Au-delà des quatre heures de concert, on a créé l’évènement à Paris et en Europe. ça intéresse maintenant les médias français. Avant, c’était que pour les Africains et les Sénégalais’.

Lors du dernier Bercy en 2005, vous aviez dit la même chose. Qu’est-ce qui empêche donc que ce grand bal devienne une affaire africaine, voire internationale

Youssou Ndour : Il faudra, à un moment donné, que les autorités s’y mettent. Cette année, avec le parrainage du maire de Dakar, le ministère du Tourisme était vraiment présent. La présidence de la République s’est aussi intéressée à ce que nous faisons. Elle nous a beaucoup encouragé. Je crois qu’à mon retour à Dakar, j’essayerai d’en parler avec le président Wade pour voir comment je peux mettre cette manifestation à la disposition du ministère de la Culture et aider des artistes à y participer.

Vous disiez tantôt que vous êtes ambitieux. Cette ambition peut-elle s’étendre au champ politique

Youssou Ndour : Non ! Parce que je fais des choses beaucoup plus intéressantes que la politique. J’ai toujours dit que je n’avais pas d’ambition politique. Pourquoi fait-on de la politique ?
C’est pour travailler. Et moi, le travail, j’en ai. Il faut être compétent pour pouvoir aider son peuple. Moi, je ne suis pas aussi compétent. Si je suis président de la République ou Premier ministre du Sénégal, les gens mangeront des pierres. Je suis incapable. Mais je reste passionné par la musique et je suis aussi libre de dire ce que je pense. J’ai une neutralité politique légendaire. Ce n’est pas maintenant que je vais changer. Je suis bien là où je suis. Je suis plus utile là où je suis, que de chercher à avoir un poste exécutif. Sincèrement, je n’en ai pas besoin. N’insistons pas, parce que ce n’est pas possible.

Vous ne vous intéressez pas à la politique, mais vous êtes engagé dans le domaine de l’humanitaire. Vous avez initié le projet Birima. Pouvez-vous nous en dire plus

Youssou Ndour : Le concept Birima, c’est d’abord rendre hommage à Birima, avec toute l’histoire du Cayor. Ce concept vise à lutter contre la pauvreté, à créer des micro-crédits sans demander des garanties. Je compte mettre en avant la dignité. Parce qu’on a oublié le sens de la dignité, on est tombé dans la roue d’une économie où on n’est pas maître. La deuxième chose, c’est qu’il faut qu’on arrête de tendre la main. Même le griot qui chante vos louanges, il ne quémande pas. Ce que vous lui donnez, vous le rétribuez. Il fait son travail. Pendant que vous étiez à l’école, lui, il apprenait l’histoire. Quand il décline l’histoire devant les gens, ils ont des frissons et ils sortent de l’argent pour lui donner.. Ce n’est pas de la mendicité. C’est du Rokki mi rokka. Il faut que les gens arrêtent de tendre la main. Ce qui va les rendre plus dignes. Quand il y a des élections, ils ne vont pas dépendre d’un sac de riz ou de l’argent qu’on leur donne. Avec Birima, nous sommes envahis de partout dans le monde pour être financés. Je dis que les Etats africains se sont endettés, mais moi, j’encourage à ce que les populations s’endettent. Je suis sà "r que cela va nous aider à sortir de notre pauvreté. Il y a beaucoup d’argent en Afrique et dans le monde. Pourquoi ne le prennent-ils pas Je ne sais pas pourquoi on n’aide pas les plus démunis à trouver du travail. Nous allons mettre la pression sur les décideurs pour qu’ils mettent les moyens en Afrique. Ce projet de micro-crédit ne concerne pas seulement Birima. Je veux qu’on verse beaucoup de milliards de dollars en Afrique, mais pas pour les banques standard.

Et le fonds de roulement

Youssou Ndour : Ce n’est pas important. Nous avons mis 200 millions pour commencer. Mais ce n’est pas cela qui est l’important. Ce qui importe le plus, c’est plutôt de lancer ce projet. Aujourd’hui, nous avons des Sénégalais, des Africains qui viennent ouvrir un compte. C’est 15 000 francs pour ouvrir un compte dans Birima. Mais des Sénégalais sont venus avec des millions pour ouvrir un compte. C’est incroyable ! J’ai été halluciné quand j’ai vu cela. Je me suis dit qu’on a touché à quelque chose. (à ).

Source : Walfadjri