AWA Webzine : Madame Kadia Sall, depuis quand vous avez épousé ce métier de mannequinât ?

[Kadia Sall] Tout d’abord merci de venir m’interviewer sur ce que je fait. C’est un grand plaisir, de pouvoir au moins parler de nos lacunes, de nos difficultés et de tas d’autres choses.
Moi j’ai commencé le mannequinât c’était en 2004. J’ai commencé par une élection de miss à Rufisque où j’ai été retenue pour venir faire miss Dakar.
Et c’est depuis que j’ai eu le contact avec les gens de la place, avec le milieu ; et c’est comme ça que j’ai débuté.

AWA Webzine : Vous venez d’être éliminée récemment au concours Elite Model Look Sénégal, à votre avis qu’est-ce qui n’a pas marché ?

[Kadia Sall] Vous savez dans ces concours on ne sais jamais exactement ce qui a été le point faible de chacune. C’était quand même un grand casting, il y avait plus de 300 filles. Arriver parmi les 20 meilleures, je pense que c’est un bon chemin (...). C’est même... disons une très grande opportunité parce qu’on a vécu une expérience avec un groupe extraordinaire.
Bon, je ne sais pas exactement. Moi j’ai eu à poser personnellement la question, j’étais d’ailleurs la seule à avoir posé cette question parce que j’y croyais et j’y allais à fond. Au début non, disons ! Je me suis même chamaillée avec mon époux qui lui y tenait vraiment et qui m’a inscris et m’a encouragé tout ça. Mais je trouvais que je ne faisais pas l’affaire, que certainement ils allaient vouloir des maigres maigres maigres. Et que ..., peut-être aussi que la taille allait compter ; moi je sais que j’ai quelques centimètre à augmenter.
Et... bon, sinon, je ne sais pas, j’ai toujours pensé que dans ces concours on avait besoin d’une tête bien faite, et je me suis rendu compte que non, finalement. Ca ne veut pas dire qu’ils cherchent une idiote ou un bête, excusez moi du terme. Mais vraiment je me demandais pourquoi ce critère n’y était pas. Parce que quand même représenter un pays dans un autre, sur le plan international, je pense qu’on aurait besoin d’une fille très confiante et qui sait pourquoi elle est là ..., qui a des positions assez figées pour être sûr de ce qu’elle veut.

AWA Webzine : Si c’était à refaire, Kadia Sall participerait-elle à ce concours ?

[Kadia Sall] Pour être sincère non. Parce que j’ai demandé pourquoi. Le pourquoi des éliminations, par pour moi, je voulais savoir vraiment. Parce que j’ai vu des filles qui sont parties et ..., j’avoue que ça ne m’a pas ..., ça m’a surpris vraiment. Moi que je parte, ça ne m’aurait pas surpris. Depuis le début je me dit je suis la plus petite du groupe, qu’est-ce que je fais là. Mais que je vois d’autre partir ... Je croyais pourtant être à la hauteur parce qu’il y avait des critères, des atouts et tout... Bon, finalement je ne sais pas ce qu’ils cherchent. Pour moi, ils m’ont dit que j’étais trop confiante, que j’étais à l’aise devant la caméra et c’est pour ça que ..., ils ont trouvé que j’étais autosuffisante, qu’ils ne pouvaient pas me prendre. Ca c’est peut être leur opinion, mais à chaque fois, moi, mes seuls repères c’étaient les casting de téléréalité que je regarde sur les autres chaînes de télévision. Et à chaque fois j’ai remarqué qu’on disait aux mannequins, qu’il faut garder confiance, il faut montrer que vous avez confiance en vous, il faut savoir être à l’aise devant l’objectif. Et puis c’est normal, ça fait trois ans quand même que je suis tout le temps devant la caméra, que je fais des pub par ci, que je joue des films par là. Donc, c’est normal que je sois à l’aise devant la caméra. J’aurais bien aimé que ce critère soit souligné depuis le début. Car si c’est cela qui m’a retenu, c’est un regret. Par contre si c’est ma taille, je peux comprendre.

AWA Webzine : Présentement est-ce que Kadia Sall a des projets dans le mannequinât ?

[Kadia Sall] J’ai de très grands projets, vous savez, je suis une fille très ambitieuse. Et c’est des projets qui datent d’avant le mannequinât. Parce que personne ne m’aurait dit que j’aurais fini dans la mode. Mais bon ...
Mon plus grand projet c’est d’ouvrir un complexe de mode pour essayer d’avancer sur ce plan. Et également, après ça j’aimerais bien avoir une maison d’accueil. Parce que ça c’est un rêve d’enfant. Le jour jour où je pourrai dire que j’ai réussi c’est parce que j’aurais déjà installé ce projet.

AWA Webzine : Au delà du mannequinât, vous êtes aussi dans la publicité, qu’en est-il exactement ?

[Kadia Sall] Je suis plus dans la publicité d’ailleurs, que dans le mannequinât. Je défile trois fois dans l’année, ou .., moins même. Je choisis bien mes podiums ; et puis, je me connais ; je sais que je risque de me noyer dans la foule. Je ne suis pas si grande que ça (rires...). Les filles ici, elles sont grandes, très jolies, et dégagent et tout ça ...
Donc pour la pub, j’y vais. J’y vais et j’avoue que ça rapporte plus. On est mieux respecté dans ce milieu de la pub que dans le milieu des podiums. Donc, je préfère vraiment des plateaux.

AWA Webzine : Et pourquoi vous dites qu’on est mieux respecté ? Cela veut dire que les gens ont un autre regard du mannequin ou bien ?

C’est surtout ça. Les gens ici, n’ont pas l’esprit très ouvert sur là dessus. Parce qu’il faut savoir qu’après le travail, la personne a une personnalité propre.

AWA Webzine : Cela veut-il dire que les sénégalais ont un mauvais regard, un regard assez critique, un peu démodé sur le mannequinât ?

[Kadia Sall] Ouais, c’est un peu ça. Disons que ici les gens ne sont pas très ouverts à ça, ils ont l’esprit un peu trop figé. Je pense que un métier c’est un métier. C’est comme le médecin. Il va à l’hôpital, dès son retour, il enlève sa blouse, même avant de sortir de l’hôpital. Donc c’est comme ça aussi, chez nous on peut porter du n’importe quoi, faire du n’importe quoi ... Moi j’ai eu à faire des photos quasi nues, c’était pas nu mais je n’avais que du jean en bas et que, le corps il était peint.
Donc, un mannequin c’est ça quoi, il faut savoir discerner les choses. Quand je fais mon travail, je le fais, et après ça je redeviens moi même. J’ai ma vie ..., j’ai des responsabilités. Remarque, on dit souvent que les mannequins ne sont pas prêts à se marier, ou des trucs du genre. Moi je suis mariée et ça ne me dérange pas du tout. Je trouve même que je suis plus aisée maintenant. Je ne suis pas tout le temps ..., disons que c’est un métier très "bordellique" finalement. Il y a tellement de tentations, les filles sont tellement influençables. Donc, si tu as la chance de trouver ce qu’il te faut et de t’y arrêter, je pense que c’est bien. Ça arrête un peu, les médisances et les trucs du genre. J’aimerai bien que les gens s’ouvrent un plus, parce que c’est intéressant, c’est juste du commerce. On a un produit à montrer, on a un produit à vendre ; et puis c’est comme ça, on sert juste de notre physique pour pouvoir donner le juste goût de la chose. C’est ça.

AWA Webzine : Dans cette initiative, avez-vous le soutien de votre époux ?

[Kadia Sall] Je dirais même que ..., là je dis souvent que je n’ai pas d’agent. Mais lui, c’est l’agent que je voulais. C’est lui qui se s’occupe des castings, qui m’inscrit, il fait des trucs etc... Tout le temps, on me dit où est ton ange gardien quand je vais à un casting, parce que c’est sûr qu’il est derrière moi. A moins qu’il soit entrain de travailler où qu’il soit en voyage, on est toujours ensemble. Et c’est un mari formidable. Je pense que, les voyages servent à quelque chose : ça rend la tolérance, ça ouvre l’esprit. Et puis ... , voilà, je crois que ça quand même c’est une de ses grandes qualités. Il sait comprendre, il sait discerner les choses, et c’est une chance pour moi.

AWA Webzine : Quel est votre regard sur la profession de mannequinât au Sénégal ?

[Kadia Sall] Bon ! Il n’y a pas grand chose à dire. A part qu’on pourrait mieux réussir le métier si les filles savaient se regrouper, si elles savaient s’écouter, être solidaire je dirais. Mais ici c’est chacun pour soi et puis c’est un métier tellement difficile que je pense que l’union seule peut le faire avancer.
Et puis il y a autre chose, un grand problème c’est que ici les seuls personnes qui connaissent le métier c’est les stylistes. Ils connaissent vraiment parce qu’ils sont tout le temps entrain de voyager, de rencontrer du monde ; ils savent ce qui se passe ailleurs. Mais le problème, le problème majeur c’est qu’ils ne nous aident pas du tout les stylistes. Ils savent qu’un mannequin doit vivre d’une manière un peu difficile parce que quand tu sors les gens s’attendent à ce que tu sois radieuse ou à ce que tu prêtes une certaine ... physique. Je dirais que, moi si je deviens styliste, si jamais je finis mes études, je crois que c’est la seule chose que j’essayerai de combattre ici. Le fait que les mannequins soient aussi exploités chez nous.

AWA Webzine : Parlez-nous un de Eben Top Model.

[Kadia Sall] Euh ! Je ne suis pas trop au courant de ça. Je n’y ai pas été. J’avoue que j’ai entendu quelques polémiques là dessus. Et moi j’ai toujours été sûr, après avoir entendu le casting et tout, que celle qui se croiserait « Top Eben » ne le serait pas du tout. J’étais presque sûr qu’on allait prendre une parfaite inconnue, et c’est ce qui s’est passé. Parce que dans ces cas là on a toujours besoin d’une fille innocente pour pouvoir bien la redresser. Ici, les filles se prennent très vite la tête. Elles ont la grosse tête et puis, elles croient qu’elles sont prêtes à tout faire. Mais en vérité, elles n’ont rien encore fait et elles ne sauront jamais rien faire, si elles ne s’ouvrent pas l’esprit. Il faut toujours être à l’écoute.

AWA Webzine : En dehors du mannequinât et de la publicité, que faites-vous dans la vie ?

[Kadia Sall] Je fais des études de stylisme, et je fais aussi des accessoires à mes temps perdus : des colliers, des perles et tout ça...

AWA Webzine : Merci Madame Kadia Sall.

[Kadia Sall] C’est moi qui vous remercie.