Elle est originaire de Passy, une ville située à 30 km de Kaolack. Mais à 22 ans, cette Saloum-saloum ne connaît certainement pas grand-chose de la culture de l’arachide. Et pour cause ! Ndèye Ndack Niang, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a choisi un autre chemin, celui de la mode et des podiums. Elle est donc un des mannequins sénégalais les plus célèbres, notamment grâce à la coupe courte qui fait son charme. Aujourd’hui mariée et mère d’une fille, elle dit avoir été piquée très tôt par le virus de la mode. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, Ndèye Ndack parle de son métier, de l’urgence de professionnaliser le milieu du mannequinat... Non sans régler quelques comptes, notamment avec ceux-l0 qui assimilent le mannequinat à de la... prostitution.

Vous faisiez partie des candidates les plus attendues du concours Elite Model Look Sénégal. Comment avez-vous vécu votre élimination ?

Ndèye Ndack Niang : Je l’ai vécue assez bien. Parce que, dans ma tête, je m’étais dit que ça pouvait être moi ou une autre. Mais avec toutes les personnes qui m’ont soutenue, je dois dire qu’on était très bien. Parce que les filles qu’on a prises étaient non seulement très jeunes, mais elles n’avaient pas encore intégré le milieu du mannequinat. C’était la première fois qu’elles participaient à des défilés. Elles n’étaient pas donc des professionnelles.

On peut donc dire que l’âge a constitué un réel avantage dans ce concours ?

Oui, s"rement que c’était un problème d’âge. Et ce qui m’a le plus plu, c’est que j’ai beaucoup appris et j’ai rencontré beaucoup de personnes dont de nombreuses jeunes filles.

Vous insister souvent sur la nécessité de professionnaliser le milieu du mannequinat. Pensez-vous, dans ce cas, pouvoir donner une chance à toutes ces jeunes filles inexpérimentées ?

Je pense qu’il y a pas mal de jeunes qui veulent devenir mannequins. Personnellement, je suis prête à les aider. Et il faut trouver une solution pour ces jeunes. Malheureusement, dans ma maison, je n’ai pas assez de temps, mais j’envisage de trouver une solution pour apporter mon aide à ces jeunes. Et si je dis que les enfants doivent encore apprendre, c’est pour leur bien. Parce que les grands stylistes aiment travailler avec des personnes qui valorisent leurs tenues. Un mannequin doit pouvoir valoriser la tenue du créateur pour pouvoir la vendre sans pour autant se montrer soi-même. C’est pour cela que je parle de professionnalisme, c’est dans le bon sens. Ce n’est pas méchant.

II se dit qu’Adama Paris vous a reproché de manquer de professionnalisme. Est-ce vrai ?

Je dois d’abord rappeler que quand j’ai commencé avec Adama Paris, c’est une défunte amie à moi qui m’a mise en rapport avec elle. Cette amie s’appelait Charlie et elle est décédée il n’y a pas longtemps.

â l’époque, j’étais avec Moisé Ambroise Gomis et je faisais le tour du Sénégal avec Nabou, Awa, Juliette, Adja et Maty. C’est avec elles que j’ai fait mes premiers pas. C’est vrai que j’avais déj appris à défiler, mais je n’avais pas eu la chance de le faire sur un grand podium. Et c’est l que feue Charlie m’a appelée pour me dire qu’Eva, une de ses amies, avait un grand défilé au Casino. à cette époque, je n’avais jamais défilé en boîte. Eva venait juste de commencer. Elle a fait appel à d’autres mannequins qui n’étaient finalement pas disponibles. Elle nous a alors choisies. Le défilé a été une grande réussite. C’était un truc professionnel, c’est—dire quelque chose de très propre. C’est après qu’Adama Paris m’a vue et m’a dit qu’elle me trouvait vraiment superbe sur un podium. Et c’est Eva qui nous a présentées et j’ai défilé pour elle dans "Fashion week". Je n’étais pas une débutante, mais c’était la première fois que je défilais sur grand podium comme celui du Méridien. Elle m’a donné la chance de prouver que j’étais une professionnelle.

Qu’entendez-vous par professionnel ?

Pour moi, un professionnel doit, faire un travail correct et être correct dans sa manière de faire. J’ai vu des filles très professionnelles qui n’ont pourtant jamais eu la chance de défiler sur un grand podium. Un mannequin doit avoir du caractère. On se dit mannequin, mais cela ne veut pas dire : "sois belle et tais toi." D’ailleurs, c’est parce que j’étais professionnelle qu’après le défilé que j’ai fait pour" Adama Paris, d’autres stylistes m’ont appelée. Si je n’avais pas été à la hauteur, personne ne m’aurait contactée.

Pour certains, être mannequin, c’est faire de la prostitution déguisée...

On n’a pas besoin d’être mannequin pour se prostituer. II y a beaucoup de filles qui ne sont pas mannequins et qui ont une très mauvaise réputation. Seulement, nuy dano weex dunx rek (Ndlr : nous sommes des souffre-douleur). Il est possible qu’il y ait des filles qui le font, mais ce n’est pas tout le monde. Et mêmes celles qui s’adonnent à ça le font de leur propre gré. Cela n’a rien à voir avec le mannequinat. Car, le mannequinat, c’est porter une tenue, la valoriser et essayer de la vendre. Les mannequins sont des personnes correctes et bien éduquées qui ne font pas certaines choses. Moi, je pense que ce n’est pas gentil de dire tout le temps que les mannequins sont des prostituées, des filles faciles. Personnellement, je ne m’accompagne jamais de mannequins qui se prostituent.

Est-ce que ce n’est pas parce que le train de vie des mannequins dépasse largement ce que vous pouvez gagner avec vos cachets ?

Le gens ont tendance a jouer sur des choses éphémères. Les mannequins ont tendance à vouloir très bien s’habiller. Il y a des mannequins qui ont des copains qui les aident et qui participent à leur bien-être et je ne crois pas que ça soit méchant. Nous sommes dans un pays de téranga. Mais une fille ne doit pas avoir des ambitions démesurées.

Toutefois, ce n’est parce que tu t’habilles bien, que tu as des chaussures très chères que tu es mauvaise. Il y a des vendeuses qui nous font des prêts et nous les payons petit à petit.

Mais vous avez quand même un train de vie qui dépasse largement les moyens d’un simple mannequin sous nos tropiques ?

Vous savez, les mannequins ne vivent pas que de ça, surtout les hommes. Certains d’entre eux travaillent, ce sent des businessmen. Ils font un peu de commerce et leurs proches les aident un peu. D’ailleurs, ce ne sont pas seulement les mannequins qu’on critique. Il suffit seulement de vouloir persévérer pour que deux ou trois personnes commencent à dire du mal de vous. Je crois qu’il y a des choses beaucoup plus importantes, notamment aider les mannequins à avancer, acheter les tenues des stylistes pour que les cachets augmentent. Les mannequins hommes sont des personnes respectables et responsables, des gens rangés qui ont leurs femmes. Le mannequinat, c’est juste un coup de pouce.

Peut-on devenir riche grâce au mannequinat ?

(Rire) Eh bien. Oui ! Si jamais vous défilez pour Louis Vuitton, Yves Saint Laurent, c’est-à-dire aller un peu à l’autre bout du monde. Mais ici au Sénégal, je ne pense pas que l’on puisse devenir riche grâce au mannequinat.

Quels conseils donnez-vous aux filles qui veulent devenir mannequins comme vous ?

Je leur conseille de continuer leurs études. Le mannequinat est un métier comme tous les autres. Ce n’est pas un métier sale, comme les Sénégalais ont tendance à le dire. Il y a des écoles pour devenir mannequin parce que les stylistes sont strictes et ne vont plus prendre n’importe qui. Il faut vraiment savoir défiler avec un grand boubou, une veste... II faut savoir l’enlever et tout ça il faut l’apprendre. Ce n’est pas du jour au lendemain que l’on peut atteindre le sommet. En tant que grande soeur, je leur demande d’aller s’inscrire dans les écoles pour se professionnaliser.

Comptez-vous rester encore longtemps dans ce milieu ?

Je ne sais pas trop. Pour le moment, j’y suis et je pense arrêter du jour au lendemain pour faire beaucoup d’autres choses, aller à l’étranger, vendre des trucs par exemple. Mais je voudrais quand même demander aux stylistes d’augmenter les cachets.