Artiste-teinturier doublé d’une casquette de poète, Innocent Somkeita Ouédraogo a, dans le cadre de ses recherches, mis au point une nouvelle technique de teinture : "L’indigola". En créant cette technique, le teinturier-poète veut innover avec les méthodes traditionnelles de teinture sur textile, connues dans les milieux burkinabè.

Venu àla teinture par la conviction de réussir dans un métier qu’il a toujours apprécié étant jeune, Innocent Somkeita a commencé son apprentissage chez sa tutrice en 1983. Cette tutrice, teinturière de profession, est une diplômée de l’Institut national des arts de Bamako au Mali. Elle totalise plusieurs années d’expérience dans le domaine de la teinture sur textile, au point qu’elle est devenue, pour de nombreux artistes-teinturiers, une référence àBobo-Dioulasso. Innocent l’assistait pendant toutes les étapes de ses productions, notant discrètement dans un cahier quelques petits secrets dans la pratique qu’elle n’a pas osé montrer. "Je suis resté pendant dix (10) ans auprès de cette tutrice, fréquentant le secondaire et m’adonnant aux travaux d’atelier, pendant les jours fériés et àmes heures libres. Ma dernière candidature àl’examen du BEPC a servi de déclic pour persévérer dans l’art, tirant leçon de mes échecs.

Le titre de l’épreuve d’étude de texte intitulé "j’ai fait un rêve" du pasteur Martin Luther King a créé un effet sur ma personne, avec la philosophie qui se dégage du contenu du texte. J’ai tiré un enseignement sur la partie qui dit que tout le monde n’est pas appelé àêtre dans les bureaux, ni être spécialiste dans les arts, àtravers cette phrase célèbre : "Si tu ne peux pas être une montagne, soit une colline, et si tu ne peux pas devenir un arbre, soit un buisson et même si tu es balayeur de rue, fait bien ton travail afin que les anges, même de passage puissent dire : Il y a quelqu’un qui était ici comme balayeur de rue, et qui fit bien son travail". C’est depuis ce jour que j’ai décroché de l’enseignement général pour me consacrer àl’art", a confié Innocent Somkeita.

En 1992, l’artiste a exhibé son fameux cahier sur le secret des techniques de teinture pour l’enseigner dans les centres de formation professionnelle. Il a officialisé "L’indigola", sa propre trouvaille en 1997, àpartir de 333 signes dénommés "Patoin tou ba" auxquels s’applique cette technique, une forme d’expression culturelle. L’artiste utilise dans sa composition, l’indigo, une teinture traditionnelle bleu-nuit avec quelques encres modernes pour donner, selon le go"t, des motifs et symboles divers. Il puise son secret dans la culture ancienne de l’Egypte pharaonique, en passant par Gambaga dans l’actuel Ghana, et le pays Dogon au Mali. Issu de la cour royale de Rissiam àKongoussi, il aborde des thèmes liés àl’intégrité et àla bonne gestion de la société. Il prône également l’union et la solidarité et enseigne la tradition aux jeunes générations.

De ses motifs de création, se dégagent aussi des symboles aux significations profondes comme le conseil des anciens, le nouveau-né, le chapeau, le pouvoir, la clé des quatre sens, la fécondité, la joie, la jeunesse, le métissage culturel... Son importante collection de textiles teints à"L’indigola" attire les visiteurs du Village artisanal où il est basé. L’artiste a exposé en 1998 pour la première fois au SIAO. Mais au préalable en 1995 au FESPACO, en 1997 au Niger, en 1999 en France, et en 2004 au Luxembourg. Il se revendique de son environnement culturel et fait la poésie radiophonique depuis 1985. Comme quoi, aux "âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années".

Privat OUEDRAOGO

Sidwaya, mercredi 21 mai 2008.